Pierre Chevry

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Né en 1894 à Montier-en-Der, fils unique d’un agent d’assurances et d’une modiste (la famille Chevry est une famille de tisserands originaire de Giffaumont, Marne), je suis admis à l’école Polytechnique en 1914, puis mobilisé 6 jours plus tard et incorporé dans un régiment d’artillerie. 

Le 7 septembre 1916 je reçois une citation à l’ordre du régiment « Jeune officier d’un courage et d’une intelligence remarquables. Comme orienteur en juillet et août 1916 a exécuté des reconnaissances périlleuses et fait le point des batteries sous le feu de l’ennemi avec une précision et un calme parfaits ».

Démobilisé en 1919 je suis diplômé de l’école Polytechnique en août 1920.

Je rentre chez les Établissements Kuhlmann en 1920, où j'effectue toute sa carrière.

En 1926, je suis nommé directeur adjoint de l’usine de Dieuze (57) et je m’installe avec ma famille en Belgique, mais suite à l’invasion du pays en mai 1940, je rapatrie ma famille à Paimbœuf où je suis nommé directeur de la Société Technique de l’Amélioration des Carburants (S.T.A.C).
La S.T.A.C fabrique notamment le plomb tétraéthyle, produit stratégique pour l’amélioration de tout type d’essence pour véhicules ou avions et par là même, essentiel à contrôler par les Allemands. Après l’occupation allemande je décide immédiatement de freiner la production. Par suite d'un sabotage interne, la production de l'acide sulfurique est arrêtée. En 1942 parvient l'ordre allemand de mettre en marche la fabrication du méthanol, mais l'empressement est tel qu'à la Libération, l'atelier n'a encore rien produit.
Je camoufle des réfractaires n’appartenant pas à l’usine en les occupant sous de fausses identités.

En février 1942, l'ordre de mobilisation au STO de 60 jeunes de l'usine S.T.A.C arrive à Paimbœuf. Arguant d’hypothétiques problèmes si trop d'ouvriers venaient à manquer, je réussis à en ramener le chiffre à 33. Quant aux ouvriers restants, je les avertis un à un de leur mobilisation leur laissant le choix entre partir au STO ou prendre le maquis et je prends plus tard la responsabilité de la désertion de ces hommes.

Recruté par le réseau Alexandre, circuit Buckmaster (agent P1 le 1er janvier 1943, agent P2 le 27 octobre 1943) des Forces Françaises Combattantes, j'assure des missions de renseignement sur l’industrie chimique.

Le 22 juin 1943, arrêté une première fois et relâché une semaine plus tard, j'ai l’interdiction de reprendre toute activité à l’usine S.T.A.C que je continue à diriger clandestinement. J'institue un fonds secret pour aider le personnel camouflé.

Le 23 février 1944, de retour d’une mission en Belgique, je suis arrêté à Nantes et incarcéré puis transféré au camp d’internement et transit de Compiègne - Royallieu (Frontstalag 122) et enfin déporté au camp de concentration de Mauthausen (Autriche.

Durant ma captivité, je parviens à envoyer deux brefs courriers à ma famille.
[Dans le dernier courrier, daté du 16 juillet 1944, Pierre Chevry, catholique fervent, fait part de son espérance en saint Louis (qui sera interprétée comme un souhait pour la libération prochaine de Paimbœuf et de la France). Saint Louis est le saint patron de la ville de Paimbœuf et est fêté le 25 août (ce jour de 1944, Paris est libérée)].

Je meurs d’épuisement le 17 août 1944 au commando Gusen 1 du camp de Mauthausen 5.

Le 4 août 1945, par décision du conseil municipal de Paimbœuf, la rue du Bois-Gautier est rebaptisée ‘’PIERRE-CHEVRY’’.
Le 9 mai 1954, un hommage solennel lui est rendu par la ville de Paimbœuf au cours duquel le général Louis-Alexandre Audibert remet au fils de Pierre Chevry les décorations qui ont été décernées à titre posthume à son père7. À cette occasion, le Général de Gaulle salue sa mémoire en le qualifiant de "courageux Français".